Hommage à celles qui nous ont précédés

A l’ancien hôpital Saint-Julien de Laval, pendant trois siècles jusqu’en 1974, les Hospitalières de Saint-Joseph se sont dévouées sans compter auprès des malades. Elles administraient et elles soignaient, dans les dortoirs, elles tenaient toutes les tâches, jusqu’aux moins agréables, comme le lavage du linge contaminé des “contagieux”. Pendant la Grande Guerre, elles ont accueilli de nombreux soldats blessés, et dans ce contexte d’épreuve nationale, l’action de ces religieuses est davantage mise en relief. Voici ce qu’en dit leur médecin-chef  :

« Nous sommes ici dans un hôpital adossé à un couvent bientôt trois fois séculaire. Cela peut paraître un anachronisme ; ce n’est pas un inconvénient. Ne croyez pas que de ce cloître descendent chaque matin des Religieuses mystiques, contemplatives, inopérantes ? Non. Ce sont des femmes d’action qui accomplissent consciencieusement, modestement, chaque jour, leur besogne charitable.

On a voulu leur prêter un esprit de dogmatisme intransigeant. Erreur. A l’hôpital, les opinions, les convictions religieuses sont respectées. En voulez-vous un exemple aussi saisissant que probant dont j’ai été le témoin ? … En 1915, dans une salle de cet hôpital, un soldat marocain était sur le point de mourir. Les Sœurs, connaissant l’intérêt que ces soldats attachent à leur observance, firent appeler un camarade du malade. Le coreligionnaire s’approchant du lit, et se tournant vers l’Orient, leva l’index de la main droite et prononça la Chahada, [la profession de foi de l’Islam]. Alors [le mourant] tout étonné, et reconnaissant que, loin de son pays, on lui rappelât le geste de la foi de ses ancêtres, se souleva et cria « Vive la France », devant les camarades français de la salle, profondément émus de cette manifestation.

Elles n’apportent pas non plus dans leurs salles, ces religieuses, le facies d’un jansénisme rigoriste ou l’attitude d’un puritanisme anguleux et sec. Non. C’est la bonne humeur, ou plutôt cette égalité d’humeur que donne l’observance journalière de la règle, et peut-être aussi l’absence des préoccupations matérielles de la vie. La vie. Qu’est-ce qu’elles en attendent ces Dames qui ont renoncé au monde ? Qu’est-ce qu’elles peuvent lui demander sinon la peine de la traverser en faisant du bien.

Ici, c’est l’immeuble de la charité par destination, mais aussi par tradition… Lorsqu’elles décèlent une misère profonde parmi les familles des malades ou des blessés, elles savent à de bonnes paroles consolantes ajouter le ravitaillement. Ce geste discret va plus directement au cœur qu’un bon de secours octroyé par la main indifférente d’un commis aux écritures. Cela c’est le reliquat de la vieille charité privée, spontanée d’autrefois. Cela c’est une réminiscence de la vielle aumônerie ouvrant ses portes au pauvre voyageur pour lui donner et le gîte et le couvert. »